Diaporama sur Août 1914 en Ubaye

Ci-après un diaporama intitulé  » Août 1914  »  présenté le 2 août 2014 à Barcelonnette, à l’occasion du début de la commémoration du Centenaire de la Grande Guerre.

On peut y découvrir les premiers combats du 157e RI et la bataille du 28 août 1914 à Ménil-sur-Belvitte où 49 Ubayens tombent ce jour-là.

Texte du diaporama sur Août 1914

 

Diapo 1 : Titre La vallée de l’Ubaye et la Grande Guerre.

Le 1er Août, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie. La France décide de mobiliser, la mobilisation commençant le 2 août. Le 3 Août, l’Allemagne déclare la guerre à la France, l’Angleterre soutient la France en déclarant la guerre à l’Allemagne le 4 Août.

Diapo 2 : Télégramme reçu par Monsieur Julien sous-préfet. Mr. Julien, sous-préfet de l’arrondissement de Barcelonnette reçoit le télégramme de mise en œuvre de la mobilisation le 1er août dans la matinée et doit signaler à l’état-major du 14e corps d’armée de Lyon l’heure de sa réception.

Diapo 3 : Le journal de Barcelonnette du 2 août paraît, il est trop tard pour rédiger un article sur la mobilisation. Par contre, comme il était question depuis plus d’un mois de la visite entre le 9 et 10 août du président de la République, Raymond Poincaré, devant la grave situation internationale, cette visite est annulée.Et, en dernière page, un entrefilet intitulé : « Dernière heure ».

Mobilisation générale. Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août est fixée au dimanche 2 août.

Les réservistes et territoriaux devront se tenir prêts à partir et à se mettre en route après avoir pris connaissance des affiches de mobilisation placardées par la Gendarmerie. »

Diapo 4 : Affiche de mobilisation : En ville, le 1er août, M. Garcin maire de Barcelonnette est aussitôt prévenu de même que le colonel Castaing, commandant le 157e RI. Le tambour municipal fait son office. L’affiche de mobilisation est placardée à la mairie puis dans toutes les autres mairies de la vallée. A noter qu’elles étaient imprimées dès 1904 et celle que vous pouvez voir sur l’écran provenant des Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence est de 1906… En même temps M. Garcin fait sonner le tocsin le tocsin à 16 h. Les cafés se remplissent : on discute beaucoup. Dans les foyers, les hommes mobilisables cherchent leurs fascicules de mobilisation pour relire l’endroit où ils doivent se rendre et avec quels délais.

Diapo 5 : extrait du JMO du 157 : Le télégramme est arrivé à l’EM du 157e RI le 1er août à 17 h 10. On s’aperçoit que le 1er bataillon, les 5e et 8e compagnies et la compagnie Hors Rang qui sont à Gap, reçoivent l’ordre de rejoindre immédiatement Espinasses qu’ils atteignent à 3 h le lendemain pour repartir aussitôt d’Espinasses pour le Lauzet où il bivouaque. Dès le 3, ils sont aux Sanières.

Le régiment est quasiment en place le 4 août le long de la frontière, assurant sa mission de défense de celle-ci. L’échelon composé du 3e bataillon et du 4e bataillon sont détachés à Saint-Paul, Jausiers, au fort moyen de Tournoux et à Vallon-Claous. Le 1er et le 2e bataillon sont en Ubayette.

Diapo 6 et 7 et 8 : La mobilisation racontée par l’abbé Eugène Pelissier curé de la paroisse Saint-Maurice. « La Serbie vient de recevoir de l’Autriche la déclaration de guerre. Le 1er août, la mobilisation générale des armées de terre et de mer est ordonnée dans la France entière ; à 4 h 30 du soir, les affiches sont apposées sur nos murs et le tambour municipal l’annonce aux habitants de la ville. Branle-bas général. Tout est en mouvement, tout est réquisitionné, tout part.

Diapo 7 suite :Autos et camions se remplissent de mobilisés qui marchent vers Gap ou Prunières, ou Tournoux. L’émoi est à son comble mais l’ensemble est d’une grandeur inattendue. C’est le sentiment du devoir, la confiance en la victoire, et par-dessus tout, l’union de tous pour la cause de la France qui est celle de la justice et du droit contre la brutalité et l’insolence.

Ce samedi 1er août était la veille de la solennité de notre fête patronale de Saint-Pierre. Quelle fête ? Le sois c’est coutume de chanter les premières Vêpres solennelles. On n’en a pas la force. Un peu de chapelet, un peu de prière, la bénédiction et tout est dit. La nuit vient. Qui dort ? Les autos vont et viennent continuellement  leur tapage et leur cornement (bruit des soupapes) ne  ralentit point. Beaucoup de mobilisés partent à pied et l’empressement est général. On accepte la guerre défensive. Le jour se lève, les messes se disent…

Point de déclaration de guerre jusque-là. Chacun regarde du côté de l’Italie. La mobilisation a atteint tous les hommes de 20 à 42 ans. Barcelonnette en a environ 350. Les réquisitions portent sur tous chevaux, mulets, charrettes, autos, chauffeurs, harnais, etc. Les hommes âgés sont tenus à la disposition du génie ou de la guerre pour tous travaux requis pour la défense du pays. Les travaux s’arrêtent, les chantiers se ferment, ceux-là vont devenir impossibles et l’on regarde les moissons non achevées et combien de prairies et autres produits agricoles et tant d’intérêts divers qui vont tomber dans l’abandon, conséquences d’une mobilisation prévue comme les éléments d’un rêve devenu réel.

Diapo 9 : le fascicule de Joseph Ange : Joseph Ange, charron à Barcelonnette, est né en 1875. En 1914, il a donc 39 ans et est mobilisé dans la réserve territoriale. Il a fait son service militaire à Grenoble à la 11e batterie du 2e régiment d’artillerie en 1897. Il a deux jours pour rejoindre le fort moyen de Tournoux au 1er groupe territorial du 11e régiment d’artillerie. Puis il part au front avec le 10e régiment d’artillerie et le 1er août 1917, il rejoint le 68e régiment d’artillerie à pied. Il est constamment affecté à la compagnie d’exploitation, c’est-à-dire à la compagnie qui s’occupe des voies ferrées et des « machines », les locomotives puisqu’il sait travailler le fer.

Diapo 10 : atelier de Joseph Ange : Son atelier, au centre de la place du Gravier dans les années 1900, le même bâtiment en 2009 avant sa destruction juste en face du restaurant «  le Gaudissart ».

Diapo 11 La mobilisation à Rioclar : L’affiche ne fut affichée qu’à 17 h sur les murs de l’église. Etant donné l’éloignement des habitations, la grave nouvelle mit un certain temps à se répandre. À 10 h du soir M. Maurin le maire et le père Berlie mettent les cloches en branle pour l’annoncer aux hameaux reculés. Le lendemain, premier jour de la mobilisation, un certain nombre de jeunes gens durent rejoindre leur dépôt. Les départs se succédèrent pendant une semaine environ, faisant de grands vides dans les familles : quarante hommes valides faisaient défaut pour les travaux des champs.

Le père Berlie précise qu’avant de partir des mobilisés  eurent la pieuse pensée de recevoir le sacrement de pénitence et ajoute qu’un généreux élan se manifeste à l’encontre des familles éprouvées par le départ de leurs membres et qu’elles sont secourues dans leurs travaux des champs par les voisins.

Diapo 12 : Les mobilisés en Ubaye : En 1914, la population ubayenne est de 12 000 âmes environ. Or, en général en France, la proportion d’hommes est de 48%. Ce sont donc, sur 5 400 hommes de la vallée, 2 287 réservistes qui sont mobilisés dans les 20 communes de la vallée y compris le village d’Allos, faisant partie de l’arrondissement et celui d’Ubaye, le lac de Serre-Ponçon n’existant pas. Dans les Basses-Alpes, on estime qu’environ 30 000 hommes ont été touchés par la mobilisation.

Petit rappel concernant la répartition de ces mobilisés en regard de leurs âges.

Armée d’active = jeunes gens de 20 à 23 ans. Durée du service militaire  = 3 ans.

Armée de réserve = rappelés de 24 à 33 ans

Armée territoriale = réservistes âgés de 34 à 39 ans

Réserve de l’armée territoriale = réservistes territoriaux âgés de 40 à 45 ans.

Diapo 13 : la Mobilisation en France. 880 000 hommes sont déjà dans les casernes, jeunes gens des classes de 1911 à 1913 effectuant le service militaire de trois ans (depuis 1913).

2 200 000 hommes sont mobilisés, nés entre 1880 et 1890. Puis quelques jours plus tard, ce sont 700 000 hommes de la territoriale qui sont rappelés. Les réservistes les plus jeunes ont deux jours pour rejoindre le régiment, le transport en train étant gratuit. Ils doivent emmener deux chemises, un caleçon, deux mouchoirs, une bonne paire de chaussures, se faire couper les cheveux et emporter des vivres pour une journée.

À ces chiffres, on rajoute 71 000 engagés volontaires. Parmi eux, on note la présence de 26 000 étrangers Alsaciens-Lorrains, Polonais et Italiens.

En septembre 1914 avec les nouvelles incorporations, ce sont en tout 3 986 000 hommes qui rejoignent les armées sur 12, 6 millions d’hommes valides. La population française du recensement de 1911 est de 39, 7 millions d’habitants dont 19, 5 millions d’hommes. A noter que plus de 2 000 Français du Mexique (dont de nombreux Ubayens) rejoignent peu à peu la France en août et, après une période d’instruction, rejoindront à leur tour le front.

Diapo 14 : Affiches parisiennes : La population parisienne se presse autour des affiches.

Diapo 15 : le patriotisme s’affiche à Paris.

Diapo 16 :  Diapo 17, diapo 18 : Les mobilisés sont escortés vers la gare de l’Est.

Diapo 19 : Réquisition des bus et des autos à Paris.

Diapo 20 Et réquisition des chevaux : À Barcelonnette, ce sont 63 chevaux sur 90 recensés environ qui doivent partir dès le 4 août. Dans les autres communes, la ponction sera pire.

Diapo 21 : La statue de Strasbourg, place de la Concorde.

En 1835, l’architecte Jacques Ignace Hittdorf futur constructeur de la gare du Nord commence à mettre en place sur la place de la Concorde, deux fontaines richement décoratives de part et d’autre de l’obélisque – la Fontaine des Mers et la Fontaine des Fleuves – et, sur les petits pavillons d’angles de la place,  » les guérites de Gabriel  » qui sont huit statues représentant les villes de France.

Chacune de ces statues représentent une grande ville de France : Brest, Rouen  Lyon et Marseille, Bordeaux, Nantes, Lille et Strasbourg. Cette dernière statue est symboliquement drapée de noir depuis 1871.

Diapo 22 : Des commerces allemands sont saccagés à Paris.

Diapo 23 : Le transport des troupes vers le front.

Les dix premiers jours d’août sont consacrés au transport des réservistes vers les gares des garnisons., nécessitant l’emploi de 10 000 trains. Une seconde phase, après le 10 août, consiste à transporter tous ces régiments dans leur zone d’affectation du nord et de l’est de la France, selon un plan préparé dès le temps de paix. Plus d’une semaine sera consacrée à ces mouvements effectués par environ plus de 12 000 trains.

Diapo 24 : Carte de France du schéma de transport.

Chaque région a son itinéraire de transit. 10 lignes sont créées. Ainsi tous les unités de la région de Marseille et de Lyon vont emprunter la ligne la plus à l’est la ligne A. A part quelques incidents, retards ou accidents, tout cela s’est bien passé. Certains cheminots vont rester 72 heures à leur poste. Un train de 47 wagons transporte un bataillon et a près de 400 mètres de long, chaque wagon transportant ou 8 chevaux ou 40 hommes plus les wagons plats pour les fourgons et les canons. Il faut 117 trains pour transporter un corps d’armée.

Diapo 25 : un train de réservistes mobilisés.

Diapo 26 : Rappel concernant la composition des unités.

Un rappel sur la composition théorique des unités :

Une armée = 5 CA,  soit 122 800 hommes. Un corps d’armée  =  2 divisions,  c’est 24 576 hommes. Une division = deux brigades,  c’est 12 288 hommes. Une brigade = deux régiments,  c’est  6144 hommes. Un régiment, = 3 bataillons, c’est 3 072 hommes. Mais les régiments de réserve et les territoriaux n’ont que deux bataillons. Un bataillon = 4 compagnies, c’est 1 024 hommes. Une compagnie = 2 pelotons à 2 sections = 4 sections, c’est 256 hommes. Une section = 2 demies-sections à 2 escouades = 4 escouades, c’est 34 hommes. Une escouade, c’est 16 hommes commandés par un caporal.

Diapo 27 : Compte-rendu du commissaire de Vienne au directeur de la sureté de Vienne (Isère) du lundi 3 août 1914 :

« J’ai l’honneur de vous rendre compte que, depuis l’ordre de la mobilisation générale jusqu’à ce matin six heures, 80 trains de montée et de descente transportant des réservistes ont traversé la gare de Vienne. Les trains passent sans discontinuer et je n’ai aucun accident ni incident à vous signaler. La mobilisation s’effectue dans de bonnes conditions et le moral des troupes est excellent. C’est en effet au chant de la marseillaise et aux cris de « Vive la France » que les réservistes vont rejoindre leur corps. À Vienne sont arrivés près de 6 000 réservistes. L’animation en ville est très grande mais tout se passe dans le calme le plus parfait. L’attitude de la population est vraiment digne et fière. Tous les cœurs vibrent à l’unisson et un grand mouvement patriotique règne dans toutes les classes de la société. La mobilisation a, pour ainsi dire, fait disparaître toute distance sociale entre les diverses personnes et a créé un lien de grande sympathie entre tous les habitants. »

Diapo 28 : Concentration initiale des armées au début d’août 1914 :

Le plan dit VII préparé par l’EM prévoit initialement la création de cinq armées de manœuvre pour une offensive française vers l’Alsace-Lorraine allemande ainsi que la possibilité d’un combat de rencontre dans l’Ardenne belge.

Diapo 29 : Position des cinq armées. En Lorraine et autour de Belfort sont ainsi massées trois armées : la 1re armée du général Dubail  déployée sur les versants des Vosges avec comme mission l’attaque au sud-est vers Mulhouse et au nord-est vers Sarrebourg, la 2e armée  du général Castelnau à partir du plateau lorrain, s’appuyant sur la place de Toul devant attaquer au nord-est vers Morhange, la 3e armée  du général Ruffey  s’appuyant sur la place fortifiée de Verdun pour surveiller les fortifications allemandes de Metz-Thionville). Dans l’hypothèse de la violation par l’Allemagne de la neutralité belge, une forte aile gauche française composée de la 5e armée surveillant le massif ardennais est déployée dans le département des Ardennes face à la trouée de Stenay avec la 4e armée. Les divisions de réserve sont en arrière.  Les troupes britanniques du général French embarquent le 9 août pour se déployer vers Maubeuge. Mais les Allemands au lieu d’attaquer de front l’armée française, entrent en Luxembourg pour déborder la concentration française par la Belgique. L’attaque sur Mulhouse et la percée en Lorraine, suivant le plan XVII, est un échec pour la France (bataille de Lorraine des 19-20 août, où les Français comptent plus de 20 000 pertes en deux jours). Plus au nord, les IIIe et IVe Armées françaises se replient derrière la Meuse. Le 20 août, les troupes allemandes entrent à Bruxelles. Le 23 août, les Allemands forcent au recul la Ve Armée française lors de la bataille de Charleroi et le Corps expéditionnaire britannique vers l’Aisne, puis vers la Marne.

Le plan Schlieffen se déroule selon les prévisions. Joffre, général en chef de l’armée française, organise le renforcement de ses troupes vers l’ouest pour éviter le débordement et l’encerclement de ses armées. L’attaque de la capitale semble imminente : c’est pourquoi du 29 août au 2 septembre, le gouvernement français quitte Paris et s’installe à Bordeaux, laissant la capitale sous le gouvernement militaire du général Gallieni. Le gouvernement civil exige des militaires que la capitale soit défendue et constitue une armée pour défendre Paris.

Mais le but principal des Allemands n’est pas Paris, mais l’encerclement et la destruction de l’armée française. Aussi pivotent-ils, toujours conformément au plan Schlieffen, en direction du sud-est pour acculer l’armée française vers les Vosges et la Suisse dans un mouvement en « coup de faux ».  Après ces premières défaites de la bataille des frontières qui affectent le moral des troupes, en septembre, la victoire de la Marne stoppe l’avance allemande. Ce sera ensuite la « course à la mer » jusqu’en décembre 1914.

Diapo 30 : Le premier tué : Le caporal Jules Peugeot est le premier Français tué le 2 août 1914. Il faisait partie du 44e RI stationné au sud du Territoire de Belfort. Une patrouille de 8 cavaliers allemands du 5e chasseurs à cheval de Mulhouse a délibérément franchi la frontière. Un échange de feu se produit, un des fantassins reçoit un coup de sabre, sommations d’usage par le détachement mais l’officier allemand, le sous-lieutenant Mayer tire sur le gradé qui a le temps de tirer à son tour sur l’officier. Les deux corps seront ramenés à l’arrière par l’escouade. Ce sont les deux premiers morts de la guerre.

Diapo 31 : Carte souvenir du 157e RI : Revenons en Ubaye. Le 157e régiment d’infanterie implanté en Ubaye depuis 1888 partage les garnisons de Lyon et de Barcelonnette. Ce n’est que depuis 1913 qu’il quitte Lyon pour Gap et Barcelonnette. Deux bataillons à tour de rôle passaient six mois à Barcelo et six mois à Lyon ; le trajet se faisait en trois semaines à pied via les Alpes

Diapo 32 : Le 157e RI à Lyon : À Lyon, le 157e RI stationnait au fort Saint-Jean et à la caserne Serin, au bord de la Saône.

De la diapo 33  à la diapo 35 : Implantations du 157 en Ubaye : Voici quelques photos du 157e RI en Ubaye.

Diapo 36 : carte de l’Ubaye : Voici les différentes implantations en rouge à la veille de la mobilisation.

Diapo 37 : Photo d’Albert Gilly : Albert Gilly,  né à Barcelonnette, a fait son service militaire au 140e RI de Grenoble en 1910 et termine son service militaire comme caporal. Il est cordonnier comme son père. Le 2 août, il est mobilisé au 157e RI à Tournoux. Il a 27 ans.

Diapo 38 : Lettre d’Albert Gilly :

Le 6 août, en poste à Meyronnes avec sa compagnie (la troupe logeant chez l’habitant) écrit son jeune frère Paul déjà mobilisé  lui aussi au 157e RI puisqu’il y fait son service militaire depuis 1913. Paul est stationné à Saint-Paul. Albert lui écrit notamment ceci : « Ne te fais pas de mauvais sang. Il faut prendre les choses comme elles arrivent, c’est-à-dire être fataliste. Nous ne changerons rien à la situation. On disait hier que nous irions dans quelques jours dans l’Est, active et réserve de l’active. Rien n’est officiel. Il faut espérer que cela s’arrange. S’il nous faut partir, partons ! Ne te fais pas de bile, ça sert qu’à se rendre plus malade. »

Diapo 39 : JMO du 15 7 : Le 12 août, le 15 7 est prêt. Tous les réservistes ont été équipés et habillés. Le 13, à son tour, il reçoit l’ordre de rejoindre Chorges soit 42 km à faire à pied en bivouaquant au Lauzet

Diapo 40 : Tenue du fantassin en 1914 : Voici la tenue garance du départ en 1914 que portait de façon quasi identique le combattant du 157e RI. Cette tenue sera remplacée dès 1915 par la tenue bleue (nettement moins voyante). Elle est d’abord portée par les jeunes recrues d’où le nom de Bleuet qu’on va leur attribuer ! Pas de casque. Le képi sera remplacé par le casque dit « Adrian » du nom du sous-intendant qui les a commandés seulement en septembre 1915.

Diapo 41 : Photo d’un embarquement dans les années 1910 du 157e RI à Prunières pour rejoindre Lyon.

En 1914, la photo devait être totalement différente avec une foule immense et émue voire en larmes de toutes les familles qui ont pu ainsi dire au revoir aux mobilisés.

Diapo 42 : Le JMO ne consacre que deux lignes à ce voyage en train : Cinq trains sont nécessaires pour transporter le 157e RI et 3 autres l’étaient pour le 30e Bataillon de Chasseurs alors en manœuvre en Ubaye depuis janvier 1914, bataillon de Jausiers déjà parti le 7 août/

Diapo 43 : Photo d’Ernest Borrély. Ernest Borrély est instituteur à Serennes, sa femme est institutrice à Saint-Paul. Quand Ernest part avec son régiment à Chorges, sa femme se débrouille pour le rejoindre à Chorges. Comme Ernest a un peu de temps libre, le 15 août, ils vont à Gap se faire prendre en photo.

Diapo44 : Vue de la gare de Culoz : Cette carte est écrite par Paul Gilly. C’est la première fois que les frères Gilly prennent le train. A chaque arrêt, ils écrivent à tour de rôle à leurs parents.

Diapo 45 : Au verso, Albert écrit à sa grand-mère :

« Sommes partis de Grenoble à midi -30 ; Passé à Chambéry Aix-les-Bains et enfin à Culoz à 5 h 30 du soir. Toujours en bonne santé, rien de nouveau. Mille caresses à tous. Albert »

Diapo 46 : Lettre de Paul racontant le voyage en train. Mais nous en savons plus sur le déroulement de ce voyage par Paul Gilly qui raconte, plus tard en mars 1915 à ses parents son premier voyage en train :

 « Je vous écris cette lettre pour vous tracer le parcours que nous avons fait depuis le 16 août 1914 jusqu’aux Vosges.  Je vais vous résumer en quelques lignes sans beaucoup de précisions car ce serait trop long de vous détailler toute l’histoire de cette campagne (enfin bref !). Nous embarquons le 16 août à Chorges pour la première fois que nous prenons le train. L’embarcation a été plutôt longue à minuit 50, le train démarrant le lendemain à la pointe du jour. Nous étions à Luz-la-Croix-Haute, Monétier-les-Bains vers les huit heures. Des gens de bon cœur nous portent le café et pavoisent le train de fleurs et de drapeaux malgré un arrêt très court. Vers les 11 heures, nous arrivons à Grenoble, une foule nombreuse était à la gare et comme il faisait très chaud, les dames de la Croix-Rouge nous portent à boire. Elles nous donnent du linge pour nous laver. Il y avait le temps : 1 h 30 d’arrêt. A midi, nous repartons sur la ligne de Chambéry. Sur toute la ligne, une foule de monde nous jetaient des fleurs et des paquets de cigarettes. Après Chambéry, Aix-les-Bains : jolie petite ville et ce qui rend plus beau, c’est le lac du Bourget. Le train longe le lac à 3 m près pendant plus de 10 km. Après cela, nous arrivons à Culoz d’où je vous ai envoyé une carte. Il y avait trois minutes d’arrêt : une bonne femme nous a offert le Pernod, plusieurs paquets de cigarettes et des brassées de rose. Nous arrivons le soir à Ambérieu. Il était minuit. Là, il y avait une gare immense, il y avait pour le moins 100 machines (locomotives). Tout était illuminé, on aurait dit qu’il était jour et il pleuvait beaucoup. On repart une heure après. Le train marche toujours et moi je m’endors. Quand je me réveille, nous étions près de Belfort. Après encore deux heures, nous arrivons à Belfort avant 8 h du matin. Là, nous voyons des trains de boches prisonniers qui nous ont regardés par la porte comme quelqu’un qui n’a jamais rien vu. On reste 30 minutes dans les wagons puis nous prenons la direction de Morvillars. Là, on débarque, nous sommes à environ 60 km des frontières d’Alsace. A 10 h du matin, nous faisons une marche de 10 km. Nous arrivons dans un petit village où nous n’avons pas eu le temps de boire le café quand un ordre arrive, il faut repartir. Nous marchons jusqu’à la nuit et on arrive à un petit village sur la frontière où on cantonne. Là, il y avait des braves gens serviables. Le lendemain à 3 h, nous partons pour rentrer en Alsace. On marche jusqu’à midi et à midi, nous arrivons à Walheim où nous livrons notre premier combat. Grâce à nous, le 15/9 est sauvé. »

Diapo 47 : courrier d’Albert : Albert, à son tour envoie une lettre à ses parents, dès son arrivée en Alsace : « Bien chers Parents. Sommes sur les frontières d’Alsace avec Paul. Ne vous souciez pas. Je vous embrasse tous bien fort sans oublier Margot. Albert. Nous avons fait un voyage de 2 jours et une nuit. »

Diapo 48 : Photo de l’Infanterie en Alsace : Le 157e RI avec les 97e de Chambéry, le 159e  de Briançon et le 163e RI de Nice font partie la 44e division, qui, du fait de la neutralité italienne, n’a plus de mission sur les Alpes et est donc mise à la disposition du général en chef, c’est à dire de Joffre. Elle doit renforcer l’attaque sur Mulhouse par le sud.

Diapo 49 : carte de la région de Mulhouse où l’on peut situer Walheim. Wittersdorf se trouve au sud de Walheim, le 15/7 ayant donc à sa droite le 15/9 qui a subi la plus forte attaque le 19 août 1914, à tel point que le 15/7 a dû protéger sa retraite avec succès.

Diapo 50 : les premiers Ubayens tombés au champ d’honneur.

En Alsace, le 19 août 1914, l’Ubaye perd ses premiers enfants : Eugène Masse de La Bréole et Calixte Tron de Revel, tous deux du 15/7. Et huit Ubayens du 159e RI à Wittersdorf : Firmin Margaillan et Joseph Reynaud de la Bréole, Ernest Pons des Thuiles, Louis-Jean Bellon de Faucon, Hippolyte Meyssirel de La Condamine, Sébastien André et Alphonse Jourdan de Saint-Paul et enfin Pierre-Léon Donneaud dit Massène de Larche.

Diapo 51 : nouvelle carte d’Albert. En urgence, Albert envoie une autre carte pour annoncer le départ d’Alsace vers les Vosges, le 22 août.

En effet, cette offensive en Alsace est un échec. Mais une nouvelle menace allemande se dessine de l’autre côté des Vosges et on fait à nouveau appel à cette superbe et puissante division qu’est la 44e DI (un bataillon en plus par régiment : « Bien chers Parents. Nous sommes en très bonne santé. Nous allons quitter Belfort et l’Alsace pour aller vers les Vosges. Mille caresses à tous sans oublier Margot. Albert et Paul. »

Diapo 52 : au recto, on peut remarquer qu’Albert a écrit sur une carte achetée à Dammerkich en Alsace allemande.

Diapo 53 : la journée du 22 août 1914.

Toujours le 22 août. A Rossignol dans les Ardennes belges, une partie des troupes coloniales de la 3e DIC sur la route en zone boisée allant au nord vers Neufchâteau, les combattants ont pénétré dans un entonnoir large de quelques dizaines de mètre et profond de quelques centaines de mètres soumis à un feu dense et continu, endroit appelé plus tard le « Killing Field », désormais symbole de la mort industrielle du XXe siècle. Tous les coloniaux du 1er, 2e, 3e et 7e RIC ainsi que le 2e régiment d’artillerie coloniale et le 3e régiment de chasseurs d’Afrique avec 600 cavaliers seront anéantis.

Diapo 54 : Carte ancienne détaillée d’Alsace et des Vosges : Revenons à la journée du 23 août. CLIC 1. Voici le trajet en train de la 44e DI du 23 août de Belfort à Saint-Dié puis CLIC 2 l’itinéraire à pied (en rouge) pour rejoindre Rambervillers.

Diapo 55 : La Bataille de la Mortagne :

Poursuivant leur offensive vers le sud, les Allemands tentent de conquérir le col de la Chipotte qui leur permettrait d’atteindre Epinal. La 1re armée du général Dubail (Alsace et Vosges) est en phase défensive et est obligée de continuer le mouvement de retraite. A sa gauche, la seconde armée du général de Castelnau tient ferme autour de Nancy. Entre le 22 août et le 12 septembre, en Mortagne, 225 000 Français avec les 13, 14,15et 21e corps d’armée, la brigade coloniale et la 44e DI vont faire face à 300 000 Allemand de la VIIe armée du général Heeringens. La région de la Chipotte est montagneuse et boisée. Aussi, les Allemands tentent de passer plus à l’ouest vers Ménil-sur-Belvitte au sud de Baccarat, zone de champs et de cultures. Le 12 septembre au soir, on déplorera la perte de 4 000 Français au cours des combats de Ménil et de la Chipotte appelée la « bataille de la Mortagne » après la guerre.

Diapo 56 : vue du col de la Chipotte : objectif capital de tous ces combats.

 

Diapo 57 : Carte de la région de Ménil : Résumons les actions :

24 août : jour de repos à l’arrivée en gare de SaintDié. 26 août ordre pour le 1er et le 3e de se porter vers le bois de Hertemeuche puis sur Ménil. Ils ne peuvent déboucher du bois à cause de l’artillerie. A 9 h, ils rejoignent Bru. Le 2e bataillon est en renfort à l’arrière. Le 4e occupe le plateau au sud-est du bois d’Anglemont. 27, le 1er reçoit à nouveau l’ordre de déboucher du bois de Hertemeuche. Pas de succès, à midi il reste sur le plateau au nord de Bru. Le 4e bataillon à partir du bois d’Anglemont attaque à la baïonnette dans la nuit et les unités de tête arrivent aux lisières sud de Ménil.  Mais le 28 au petit matin, forte contre-attaque allemande, après un tir d’artillerie provenant des bois au nord-est de Ménil. Non soutenu par l’arrière et de tirs d’artillerie amis, le 15/7 est obligé de se replier et le 4e bataillon, est obligé de parcourir un glacis d’environ 1500 m entièrement à découvert et subit de très lourdes pertes.

Diapo 58 : vue des bois à l’est de Ménil :C’est de là sur le plateau de Sainte-Barbe que tirait l’artillerie allemande. En lisière du bois et au nord de la Chipotte.

Diapo 59 : Le JMO du 15 7 du 28 août : Voici le passage du JMO sur ces tragiques combats. Avec à gauche le bilan des pertes soit 704 hommes qui ne reviennent pas au sein du régiment.

« A 5 h du matin, les 1er et 4e bataillons sont attaqués dans Ménil par une contre-attaque allemande. Le 4e bataillon se porte à l’attaque du plateau de Ménil. Les 1re et 4e compagnies défendent la lisière du village. Les 2e et 3e compagnies occupent en arrière de Ménil une position de repli. L’ennemi attaque en force, environ deux régiments. Les sections de mitrailleuses des bataillons peuvent se mettre en position et ouvrent un feu nourri sur les colonnes ennemies, mais bientôt le 4e bataillon puis le 1er sont obligés de battre en retraite n’étant pas soutenus par l’arrière. Les 2e et 3e compagnies couvrent leur retraite mais elles sont obligées à leur tour de se replier à la lisière du bois. Le retrait des bataillons s’est opéré sur un glacis d’environ 1500 à 2000 m sous le feu de l’artillerie allemande, les bataillons subissant des pertes importantes. » Voilà le déroulement de cette terrible et sanglante journée. À gauche, le bilan des pertes : 21 tués récupérés, 85 blessés mais hélas 598 disparus. Ces 598 disparus sont soit décédés, soit gisant blessés sur place soit déjà prisonniers des Allemands. Pour le régiment c’est une catastrophe. Ce sera d’ailleurs la journée la plus meurtrière de toute la guerre du régiment et ce n’est que la 5e journée de combat du régiment, non encoure rodé aux péripéties du combat.

Diapo 60 : Photo du terrain actuel : Vue actuelle du terrain que les combattants du 15/7 ont sans doute parcouru pour se replier. Au fond, Ménil et devant, ce beau champ labouré, c’est le terrain de parcours de la terrible retraite afin de rejoindre à droite, le bois protecteur d’Hertemeuche. Un siècle après, le terrain n’a guère changé.

Diapo 61 : vue de Ménil après les combats Une vue du village pendant les combats.

Diapo 62 : L’abbé Collé curé de Ménil de 1908 à 1943 et Maurice Barrès, député des Vosges. L’abbé Collé est l’homme providentiel que toute l’Ubaye va connaître et admirer tant il s’est donné pour soulager toutes les familles meurtries en s’occupant d’abord des blessé, puis de tous les tués qui deviennent peu à peu ses enfants.

Pendant ces quatre années de guerre, il va s’occuper des défunts et de leur mémoire en créant des cimetières en faisant faire des drapeaux en 1915 puis en 1918 par les communes touchées par ces drames, en faisant construire un mémorial à la gloire de l’infanterie alpine inauguré en 1927 en face de la nécropole qu’il a su maintenir à Ménil. Ce sera l’objet du prochain diaporama du 12 septembre.

Diapo 63 : vue du sud du village et la route de Rambervillers que les Allemands n’ont pas atteint ce qui permet de se faire une idée du paysage à cette époque. Carte annotée par Paul Gilly, de passage en permission à Ménil en 1917. Il indique à ses parents l’endroit où est tombé son frère Albert.

Diapo 64 : Bulletin de SainteCécile : Grâce au bulletin mensuel du patronage des jeunes filles de Barcelonnette, intitulé « le petit Mois de SainteCécile », on sait ce qui s’est passé ce 28 août. A la demande de l’abbé Pelissier, L’abbé Collé raconte sa version des faits en janvier 1915.

Diapo 65 : Témoignage de l’abbé Collé :

« Le 157e s’est battu à deux pas de chez moi. Arrivé le 27 août vers 08 h du soir, il se loge dans la partie sud-ouest du village dans les maisons non encore incendiées et sur le plateau voisin au sud-est. Les Allemands peuvent facilement observer ses mouvements. Ils sont là depuis le 25 au soir et ils y sont fortement établis dans leurs tranchées. Le 1er bataillon et sa 1re compagnie vont se poster au nord du village et le 4e bataillon occupe tout le plateau et, je le répète, la moitié du village au sud-ouest. Ce même 28, je fus conduit à François de Bavière qui fut courtois et voulut bien me laisser revenir. A l’aller et au retour, je m’étais facilement rendu facilement compte des positions ennemies et de leurs forces, et je n’avais pas eu les yeux bandés, grâce à mes protestations. Après avoir relevé des blessés du 25 (c’est du 27 août que je parle), je rentre au village et je rencontre nos Chasseurs Alpins allant d’une allure décidée à la boucherie. Ils furent assez heureux de m’entendre et bientôt notre artillerie crachait la mort dans les tranchées allemandes.  Pourquoi alors, le soir de ce 27, ne vis-je personne du 157ème pour les avertir du danger d’aller se reposer dans le nid des Allemands ? Pourquoi ? Mais nul ne fut consulté et le 28 dès 6 h du matin, au plateau et ailleurs, ce fut, en une demi-heure, une tempête de fer et de feu. Beaucoup furent tués. 200 environ : plusieurs centaines de blessés furent amenés dans nos ambulances et les autres dirigés sur l’arrière allemand comme prisonniers. Nous perdîmes un commandant (Commandant Baille), un capitaine plusieurs lieutenants. Mais de leur côté, les Allemands perdirent leur colonel grièvement blessé qui mourut le 29 et un capitaine que j’eus à soigner chez moi et dont la présence me servit beaucoup. Le champ de bataille qui est sous mes yeux était douloureux à voir et les victimes en furent inhumées très hâtivement. Et très difficilement, la canonnade était incessante de nuit comme de jour. Après le départ des Allemands, le 12 septembre, une commission fut chargée d’ensevelir les morts qui ne l’étaient pas encore à certains endroits, surtout dans les bois et enfin le mois de novembre fut occupé par les travaux d’indentification. Presque tous nos soldats du 157e ont leur tombe spéciale et ne peuvent s’égarer et les familles peuvent avoir confiance, je les leur garde avec amour et fierté. Depuis septembre, j’ai fait un musée commémoratif de ces dix-neuf jours et le 157 y a sa place d’honneur. Le 2 novembre, cérémonie funèbre qui eût lieu au milieu des tombes du 157e en présence du 357e et du Lt-Col de Susbielle ! J’ai dit le principal, je crois, vous vous en contenterez.

                                                                                                          Abbé Alphonse Collé. »

Diapo 66 : L’écrit du Dr. Rebattu : Le médecin-major Rebattu est médecin au 217e RI. Il reçoit ce bulletin et souvent écrit à l’abbé Pelissier. Dès septembre, il est au courant de la tragédie de Ménil. Ainsi, dans le N° 63 de février 1915, il témoigne de son passage  sur le terrain, juste après la fin des combats : «  J’ai reçu le dernier bulletin du patronage. J’ai lu avec intérêt les lettres de Bertin Tron. La lettre du curé de Ménil m’a également intéressé car les combats dans cette région au nord et à l’est de Rambervillers ont duré du 25 ou 26 jusqu’au 12 septembre. C’est le 12 au matin que les six régiments de la 71e division (dont fait partie le 217e RI) avec quelques bataillons de chasseurs ont achevé de repousser les Allemands, qui, ayant appris leur échec sur la Marne, avaient reçu également l’ordre de se replier. Le 12 au matin donc, nous avons traversé le champ de bataille de Ménil et d’Anglemont où pendant 15 jours, on s’était battu sans pouvoir seulement enterrer les morts et, c’est le spectacle le plus navrant que j’ai jamais vu : cadavres à demi-momifiés, horriblement mutilés, chevaux éventrés, débris de fusils, de baïonnettes, vêtements en lambeaux, routes et prés creusés d’immenses trous d’obus. Sur la capote des morts, j’ai bien lu souvent le N° 157. Mais il fallait aller de l’avant ; le soir, nous couchions à Baccarat d’où les Allemands venaient de partir.  On remarquera qu’il est en deuil de son frère Paul tué en août 1915 au Linge dans les Vosges et CLIC qu’il compte déjà un an et demi de présence sur le front grâce aux chevrons de l’épaule d’où photo datant sans doute de septembre 1915.

Diapo 67 : la mort d’Albert Gilly racontée par son copain Joseph Barneaud :

Dans le dossier des courriers de la famille Gilly de Barcelonnette, se trouve cette lettre écrite fin décembre 1914 de Stuggart d’un ami d’Albert, prisonnier des Allemands qui, une fois rétabli d’un tir de mitrailleuse dans les jambes, raconte aux parents Gilly, comment son ami Albert est parti. Par recoupement avec le journal de Barcelonnette qui cite cet écrit, on peut facilement en déduire que cette lettre écrite au crayon et difficilement lisible a bien été écrite par Joseph Barneaud, le grandpère de Georges Barneaud du Cheval Blanc. Georges a d’ailleurs reconnu l’écriture de son grand-père et ne connaissait pas l’existence de cette lettre. Voici ce qu’écrit Joseph Barneaud : « Je viens de recevoir votre honorée du 18 courant par laquelle vous me demandez des renseignements sur la mort de votre cher fils, mon cher ami Albert. J’aurais voulu vous écrire plus tôt pour vous parler un peu de consolation croyant que vous étiez renseigné sur la réalité, mais n’étant pas sûr, je n’ai pas osé craignant de vous apprendre trop brusquement cette triste nouvelle et vous voudrez bien m’excuser. Cela a été une grande douleur pour moi de le voir mourir car j’ai perdu en lui l’un de mes meilleurs amis. Depuis les débuts de la campagne, nous partagions nos ennuis et nous faisions nos petites confidences mais c’est aussi une consolation car je puis vous assurer qu’il n’est pas mort en ne faisant que son devoir et en vrai chrétien. Il est mort sans une plainte et sans souffrance, se sentant touché par une balle, il m’a appelé et je l’ai reçu dans mes bras mais je n’ai pas su où il avait été touché : pas une goutte de sang apparente et pas de réponse à mes questions. Ses seuls mots qu’il a prononcés sont : « ma mère » eh oui ! Quand je lui dis : « Penses bien au bon Dieu ». Tout cela s’est passé en moins de 30 secondes au moment où je lui joignais les mains, j’ai eu les deux cuisses traversées par une balle mais lui était mort et je croyais mourir à ses côtés. C’est grâce à un petit abri qui se trouvait à moins de deux mètres de là où je me suis glissé et ai passé ma journée si je suis en vie. Il était environ 07 h du matin et j’ai été recueilli vers la nuit par des Allemands qui m’ont bien soigné et je suis complètement guéri maintenant. Toute la journée, mon regard a été vers lui et il me semblera longtemps le voir encore. Ce serait une grande consolation pour vous si vous aviez pu le voir tellement il s’était éteint en souriant et il était endormi et bercé par un doux rêve. C’était le 28 août à 500 m environ de Ménil-sur-Belvitte. J’aurais été heureux d’avoir des nouvelles de votre cher Paul. Que Dieu le protège ! Puisse ma lettre vous apporter un peu de consolation.  Recevez cher Mr. et Mme. Gilly mes condoléances et mes meilleures amitiés. »

Diapo 68 : Antoine Martel autre ubayen tué à Ménil. Un triste et hélas dernier témoignage d’un autre Ubayen, juste avant cette bataille terrible de Ménil. Il s’agit d’Antoine Martel, né à Barcelonnette, quartier du Plan  le 8 décembre 1881. En 1914, cordonnier comme son père, il a 33 ans. Dès le premier jour de la guerre, il écrit des notes sur un agenda publicitaire. Il fait aussi partie du 157e RI : 2e bataillon, 16e compagnie.

Diapo 69 extrait de son carnet et ses derniers mots datés du 26 août.

Voici ces dernières notes du 26 août avant sa mort à Ménil, le 28 : « En wagon en panne à Aillevillers, Haute-Saône, déraillement du train précédent (attente) et deuxième… » Il s’agit notamment du train du 159e RI avec 85 tués.  « Lundi 24 août : … nuit en wagon, retour et bifurcation. Arrivé à Saint-Dié. Couché aux casernes. Pluie du lundi au mardi.  Mardi 25 août : Départ 5 h du matin direction Raon l’Étape et avons marché toute la journée et une partie de la nuit. Couché ensuite sous la pluie… Mercredi 26 août : …dans l’herbe mouillée et pris au jour nos positions, direction Raon-l’Étape, sous-bois. » Ce sont ces tout derniers mots envoyés à sa famille. Il tombe lui aussi le 28 août à Ménil.

Diapo 70 : La liste des 49 Ubayens tombés à Ménil :

Voici cette liste des 49 Ubayens tombés à Ménil. 41 d’entre eux  sont enterrés dans la nécropole de Ménil. 10 autres Ubayens sont également décédés au cours de ces 19 jours de combat. Beaucoup d’autres Ubayens sont faits prisonniers : citons Gédéon Gas de Rioclar, Joseph Barneaud de Barcelonnette, Jean-Baptiste Assabo de Saint-Vincent, Adrien Caire de Faucon, Henri Hugues de Pontis et Jean-Louis Goirand de Tounoux.

Diapo 71 : août 1914 en Ubaye. Vie toujours agitée avec l’arrivée de nouvelles troupes

Pendant ce temps, la vie continue dans la vallée. On a peu de nouvelles de ceux qui sont partis. En revanche, on assiste à d’importants mouvements de troupe à partir de la mi-août.

Ainsi, le 357e RI, régiment de réserve dérivé du 157 se mobilise à Gap sous les ordres du commandant en second, le Lt-Col de Susbielle et prend le cantonnement laissé vacant par le départ du 157 à Barcelonnette. C’est le premier régiment de réserve qui rejoint à son tour le front le 15 septembre 1914 Le 111e Régiment d’Infanterie Territoriale part au front le 27 septembre. Ce régiment vient de Montélimar dès le 4 août 1914 et va occuper les cantonnements laissés libres à Larche, Meyronnes, la Condamine, Tournoux, Viraysse Le 112e Régiment d’Infanterie Territoriale part lui le 6 octobre. Ce régiment mobilise énormément d’Ubayens. La compagnie 14/15 du génie quitte à son tour l’Ubaye le 19 octobre. Enfin, le 3e Bataillon Territorial de Chasseurs Alpins mobilisé en Ubaye la quitte le 7 novembre. Dans les forts, les batteries du 12e Régiment d’Artillerie à Pied seront relevées par des batteries territoriales formées par les mêmes régiments qui sont ensuite dirigées sur la frontière Nord-Est le 15 novembre 1914. Durant ce mois d’août, à la sortie nord de Barcelonnette, Madame Signoret aidée de nombreuses dames organise une buvette afin de ravitailler toutes ces nouvelles troupes.

Diapo 72 : La roche suspendue. Août s’annonçait sous d’agréables auspices avec la visite du président Poincaré et l’Ubaye voulait montrer l’essor du tourisme. La variante de la route des Alpes par le col de la Cayolle, qui devait être inaugurée par le président de la République, fierté des Ubayens, était une sacrée aubaine. Et le syndicat d’initiative de Barcelonnette, en liaison avec le TCF, avait même créé en 1913, un sentier métallique permettant d’admirer la roche suspendue dans les gorges de Palluel. Ce développement souhaité du tourisme en Ubaye est stoppé net : Il faudra attendre les années 1920 pour que le Tourisme se développe.

Diapo 73 : Photo des moissons en Ubaye. La vie perturbée en Ubaye.

En août 1914, c’est aussi la période des moissons. Malgré le départ subit des hommes, elles se sont terminées tant bien que mal. Les granges sont pleines. Mais tout est désorganisé. Pendant quelques semaines, plus de journaux. Le journal de Barcelonnette ne paraîtra à nouveau que le 15 septembre. Les transports sont désorganisés. Les autobus de la ligne de gap à Barcelonnette ont été réquisitionnés. La réquisition est mal ressentie. Les PTT ne fonctionnent plus et le directeur du bureau est obligé de faire appel à des volontaires. Mais heureusement que les écoliers sont en vacances et il faut déjà penser à remplacer les instituteurs partis.

Diapo 74 : Le 31 août

ÀMénil, d’après le JMO, le 157e RI se réorganise et est occupé à améliorer les tranchées au nord de Rambervillers. À Barcelonnette, on ne sait pas encore ce qui s’est passé le 28 août. Il faut attendre le Journal de Barcelonnette du 15 septembre pour connaître enfin les première nouvelles du front et cet entrefilet est l’annonce du premier mort de  la vallée : l’adjudant Barbier du 157e RI, blessé à Ménil, rapatrié et décédé à Gap.

Diapo 75 : Le bilan macabre du mois d’août.

Le 19 août, huit Ubayens tombent à Wittersdorf au sein du 159e RI et deux à Walheim au 157e RI. Emile Fabre de Pontis du 17e RI est tué à Schirmeck le 19 août au cours de cette campagne d’Alsace. Louis Cogordan du 75e RI est « mort pour la France » au col de Hantz le 23 août. Le 28, 49 Ubayens tombés le 28 août et les deux autres à Saint-Benoit en août : Edouard Demaison et Louis Martel à Saint-Benoît, tous deux du 157e RI. Le mois d’août  1914 a été le mois le plus meurtrier pour notre vallée, soit 63 tués sur 123 Ubayens « morts pour la France » d’août à septembre 1914.

Diapo 76 : Graphique d’août 1914

Ce graphique pour toute la France montre qu’effectivement ce premier mois de guerre d’août 1914 a été très meurtrier.

Diapo 77 : Aperçu sur les conséquences de ce début de conflit

La vallée a souffert de l’absence des hommes : meuniers, boulangers, charrons, bourreliers, instituteurs etc.

Les femmes ont remplacé tous les hommes notamment pour les travaux des champs. La vallée, très agricole donc pratiquement autosuffisante  n’a pas subi les effets du rationnement mais les réquisitions (chevaux) ont nettement perturbé cette vie économique. Ce qui l’a également pénalisée, c’est surtout la diminution des transports entre Prunières ou Gap et Barcelonnette. Mais c’est sur le plan humain, moral et familial qu’elle va le plus souffrir quand peu à peu on annonce aux familles la perte des 509 Ubayens « morts pour la France » Néanmoins, un grand élan de solidarité s’est manifesté avec la création d’associations caritatives, l’appel aux dons, l’action des municipalités et du clergé ou tout simplement l’aide des voisins, etc.

Diapo 78 :Conclusion.

Août se termine, la guerre qui devait être courte, ne fait que commencer. Elle va durer durant 51 mois supplémentaires. Le fantassin qui subit pour la première fois cette guerre moderne, sous la foudre des tirs d’artillerie et des tirs de mitrailleuses va creuser le sol. La guerre de mouvement va devenir la guerre des tranchées. Une longue balafre de près de 740 km va balayer la France de la frontière alsacienne allemande à Dunkerque. A Peteerhouse dans le Haut-Rhin, juste à la frontière suisse, dans les bois, une borne « le km zéro » symbolise cette grande saignée.Et sur la place du 157e RIA à Barcelonnette depuis août 1923, 509 Ubayens qui ne sont pas revenus au pays ont toujours leurs noms gravés sur le monument aux morts de la vallée de l’Ubaye.

« Ne les oublions pas ! »