Le traité de Versailles

 

LE TRAITÉ de VERSAILLES par Gérard Brochier

conférence faire à Barcelonnette en 2011

 

Introduction

Le traité de Versailles est le premier et le plus important des traités qui mettent fin à la Ier guerre mondiale

Les pays démocratiques de l’Occident, alliés au Japon impérial imposent un traité de paix à empire Allemand .Ce traité de Versailles est signé le 28 juin 1919 dans la galerie des glaces à Versailles .Dans la date comme pour le lieu il n’y a rien de fortuit.(Sarajevo et proclamation du IIe  Reich.

Il illustre bien les conceptions de l’époque, il met en place la géographie actuelle de l’Europe, il illustre la place incontournable de l’Allemagne dans l’Europe, il développe une nouvelle conception de l’État et pour ce faire crée et inaugure la nouvelle diplomatie mondiale la S D N.

Le but de cette conférence est de mettre en évidence comment tout cela s’est mis organisé et quelles sont les insuffisances et les difficultés qui apparaissent dès cette époque pour faire vivre cette nouvelle conception de la diplomatie internationale.

Annonce du plan :

1/ le contexte

2/Les grandes lignes du traité

3/Limites et conséquences

 

I/La situation est favorable à une nouvelle politique

A/ Le contexte explique ce tournant

En 1919, toute la planète a été concernée par la guerre et elle participe à la conférence de la paix. (Hormis le monde russe- révolution bolchévique- et pour partie le monde chinois)

À noter la forte attractivité des idéologies occidentales sur les élites dirigeantes du reste du monde .( Chine : SUN YAT SEN et MAO  Russie LENINE  Turquie   MUSTAPHA KEMAL   Japon    MUTSU HITO

b/ En quatre ans de guerre le monde a complètement changé :

– nouvelle hiérarchie mondiale

– disparition des quatre empires européens

– retrait volontaire de la diplomatie mondiale de la part des Bolchévics

c/Les vainqueurs sont tous des démocraties :

Républiques comme la France, les U S A , une partie des pays de l’Amérique du sud

Royautés constitutionnelles comme la G B et l’Italie.

Un cas particulier, le Japon impérial cependant tourné vers la modernité économique occidental

B/Les grands dirigeants des pays vainqueurs

Dans ce contexte ils organisent les travaux et les contrôlent.

Dans la conférence de Paris (Janvier et juillet 1919) le monde entier y participe (32 nations souveraines).Des travaux préparatoires sont confiés à des experts comme Keynes. On met en place des recensements pour les régions litigieuses

Cependant le vrai travail de négociation se fait à 5 délégations (la conférence des 10).

Mais les arbitrages se négocient entre Clémenceau , Lloyd-Georges et Wilson. Tous les trois sont des démocrates convaincus. Clémenceau est un radical -;Lloyd-Georges un libéral gallois; Wilson un démocrate .Pour leur pays respectif ce sont donc des hommes de gauche , opposés aux partis conservateurs de leur pays respectifs.

C/Les thèses en présence

– La France.= Clémenceau Au pouvoir depuis 1917.Il incarne l’énergie, la dureté à diriger la guerre au-delà des différentes  opinions C’est un débatteur et un négociateur redoutable. Il vise deux objectifs : écraser autant que faire se peut l’Allemagne pour qu’elle ne puisse plus jamais prendre sa revanche militaire.

Lui faire payer les pertes, notamment matérielles, puisque la guerre s’est déroulée principalement sur le sol français. C’est la fameuse question des réparations.

– L’Angleterre = Lloyd-Georges, Les objectifs sont différents,

Profiter de la défaite de l’Allemagne pour reprendre le leader-ship économique en Europe et dans le monde.

Rester raisonnable dans la sanction infligée à L’Allemagne car il ne faut pas tuer celui qui doit payer ; il ne faut pas ouvrir l’Europe centrale à la contagion bolchévique (Révolution allemand’ spartakiste et hongroise).

Contester autant que faire se peut la nouvelle puissance maritime américaine.

– Les U S A =Wilson, réélu en 1916 il a publié ses fameux 14 points en janv. 1918. Depuis cette époque on connait donc les buts de guerre des américains. Fortement choqués par la guerre maritime dans les eaux internationales ; Wilson veut une reconnaissance de cette neutralité que les anglais ne voient pas d’un bon œil.

Il rejoint les anglais dans l’attitude à avoir vis à vis de l’Allemagne : modération.

Surtout il prépare la création de la S D N : mise en place d’une diplomatie ouverte basée sur des idéaux démocratiques comme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 noter que les allemands ont signé un armistice déjà très dur, puisque l’Empereur Guillaume a

dû quitter l’Allemagne. Une république provisoire est en place qui a fait face à la terrible révolution des Spartakistes alors que s’ouvrait la conférence de Paris.

De plus les allemands n’ont pas été consulté pendant l’élaboration des traités ; les plénipotentiaires allemands découvriront les clauses du traité avec épouvante. EN effet elles aggravent fortement les conditions de l’armistice déjà très dures. Par exemple le maintien du blocus pour une population largement sous-alimentée : le blocus dure depuis 1914.

II/les grandes lignes du traité

Il y a autant de traité que de pays vaincus : Versailles Juin 1919 pour l’Allemagne

Saint-Germain-en-Laye en septembre 1919 pour l’Autriche,

Neuilly en novembre 1919 pour la Bulgarie,

Trianon en juin 1920 pour la Hongrie,

Sèvres en avril 1920 pour la Turquie.

Nous développons maintenant l’exemple allemand en présentant les différentes clauses.

A/ Les clauses territoriales.

– Retour de l’Alsace-Lorraine à la France

– Eupen et Malmédy sont donnés à la Belgique qui cesse d’être neutre.

– Le Schleswig du nord est donné au Danemark.

  • La Posnanie et le couloir de Danzig est donné à la Pologne.
  • Un référendum est prévu pour la haute Silésie.
  • Les Sudètes deviennent Tchécoslovaques et l’Autriche un état indépendant.

– toutes les colonies sont confiées à la S D N qui en confira la gestion aux différents vainqueurs !

Ce sont les fameux mandats.

– Enfin la Sarre devient autonome pour une durée de 15 ans ; un référendum décidera ensuite de son avenir

B/Les clauses militaires

– Abolition du service militaire obligatoire avec une armée réduite à 100 000 hommes avec un engagement minimum de 12 ans.

– Interdiction de posséder chars, avions, artillerie lourde  et marine de guerre, (Scapa Flow).

– Occupation et démilitarisation de la rive gauche du Rhin

– Démilitarisation d’une bande de terre de 50 km de profondeur sur la rive droite avec 3 ponts contrôlés par l’armée française

C/Les clauses économiques et financières

– L’ Allemagne se reconnaît seule coupable de la déclaration de la guerre. En conséquence elle accepte par avance de payer les frais de guerre alors que le montant n’est pas encore fixé !

– elle avait déjà livré depuis 9 mois de grosses quantités de nourriture et de biens matériels ; elle devait donc continuer.

– En compensation des dégâts commis sur le territoire français, les mines de la Sarre sont cédées à la France pendant 15 ans.

– Enfin les grands fleuves allemands sont internationalisés.

En plus Clémenceau obtient des alliés britanniques et américains des garanties au cas où les allemands attaqueraient la France. Comme l’écrira Clemenceau :’j’ai obtenu tout ce que je voulais !’

III/ Limites et conséquences

A/ Le « diktat » de Versailles

  • Les allemands ont signé car ils sont acculés. La guerre doit reprendre à 6 h du matin le 28 juin si le gouvernement allemand n’accepte pas de signer le traité présenté par les vainqueurs. Le généralissime FOCH est dans le propre bureau de l’empereur Guillaume à Kreuznach (Prusse-Rhénane). C’est la conséquence de l’armistice.
  • Aucun responsable politique allemand ne se sentira jamais engagé par ce traité, signé sous la contrainte sans discussion possible. En effet ce traité violait l’esprit démocratique de la conférence, en particulier les 14 points du président Wilson.

De fait les allemands n’avaient pas signé une reddition sans condition. Cf. le retour à Berlin des soldats allemands qui défilent comme s’ils étaient vainqueurs, salués par le président Hébert. A noter que l’armée allemande en réalité ne pouvait plus continuer les combats, Le généralissime , le maréchal Hindenburg avait donc conseillé l’ouverture de pourparlers avant que le front ne rompe.

  • Surtout l’article 131 était totalement inacceptable pour le peuple allemand et d’ailleurs ne correspond pas à la vérité historique. Cette dureté n’est pas compréhensible pour le peuple allemand qui souffre du blocus depuis le début de la guerre avec un aggravation depuis l’armistice.
  • On ne peut pas établir une paix durable en pressurant le vaincu et en le vexant inutilement : (montant astronomique des réparations : 132 M de mark et date et lieu de la signature).

B/Les difficultés pour appliquer efficacement le principe démocratique de l’Etat-Nation et donc du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

Le principe parait simple et de bon sens : on crée un état quand il y a une nation. Ex la Pologne.

Oui MAIS…où passent mes frontières entre des différents peuples de l’Europe centrale totalement mélangées depuis des millénaires.

Sur quels critères définir une nation ? (langue us et coutumes , religion, histoire commune, volonté de vivre ensemble). Cf la dispute Renan Fichte.

De fait, chaque état nouvellement crée comporte des minorités qui n’acceptent pas leur nouvelle nationalité. Ex : Sudètes allemands en Tchécoslovaquie.

En Pologne biélorusses à l’ouest et allemand de Posnanie et du corridor de Dantzig.

En Roumanie les hongrois de Transylvanie et les Allemands (des Saxons installés là depuis le XVIe siècle).

La Yougoslavie (slaves du sud ) mais catholiques , orthodoxes et musulmans sous une monarchie serbe orthodoxe !

La ville de Fiume qui n’est pas rattachée à l’Italie.

Donc dans la réalité un principe difficile à appliquer et qui par-dessus le marché n’ a pas respecté le vœux des populations quand cela aurait avantagé l’Allemagne : Sudètes Autriche Slcheswig du nord.

Notez aussi l’interdiction de l’Anschluss après avoir supprimé un empire multinational qui évoluait dans le bon sens pour anticiper une gestion innovante des espaces centre européens aux populations mêlées. Activisme idéologique ?

L’évolution du Monde vers toujours plus de globalisation donc des migrations toujours plus importantes.

C/Les frustrations des peuples  tant les vainqueurs que les vaincus : tous sont mécontents.

  • les Allemands ne peuvent comprendre la rareté de la paix car l’armistice a été signée alors que la frontière n’était pas envahie. La royauté a été supprimé sans consultation. La république en est rendue responsable. Sans parler des spartakistes battus et pourchassés. Ce sera la fameuse théorie du coup de poignard dans le dos!Les conservateurs puis les nazis feront l’amalgame entre Démocratie République faiblesse trahison communistes juifs.
  • En Italie on avait promis aux soldats ruraux et agriculteurs une réforme agraire qui ne viendra pas .De plus patriotes et intellectuels considèrent que l’unité n’est pas achevé du fait de l’égoïsme des grandes puissances industrielles et capitalistes vainqueurs. Refus de céder à l’Italie des terres dans les alpes juliennes. cf les Arditi de d’Annunzio/Fiume.
  • En France la droite nationaliste avec le Maréchal Foch  voulait le démembrement de l’Allemagne .On entretient l’opinion dans l’idée que l’Allemagne paiera tous les dégâts ce n’est irréaliste  .Déjà des budgets déficitaires!

D/La désunion des vainqueurs

La liste en est inépuisable !

– Dans la S D N ne siègent ni la Russie hors-jeu ni l’Allemagne et la Turquie puisque vaincus.

– L’isolationnisme des U S A avec la victoire des républicains en 1920. Le sénat ne ratifiera pas le traitée !

– La place de l’Allemagne dans l’équilibre géopolitique et stratégique de l’Europe. Face à la poussée bolchévique qui récuse pareillement démocratie libérale et capitalisme les trois ex-alliées auront toujours du mal à définir une stratégie commune, par exemple vis à vis de l’Europe centrale balkanisée. Ainsi la France seule garantira la frontière dans les montagnes sudètes !

– La même remarque vaut pour la Turquie de Mustapha Kémal. Le sultan Mehmet VI renversé il faut renégocier le traité de Sèvres. Ce sera le traité de Lausanne 1923 qui aboutit à améliorer la puissance de ce pays alors qu’il est un pays vaincu ! En effet la Turquie préside la commission de neutralisation des détroits. Et au-delà du génocide arménien la guerre avec la Grèce aboutit à des déplacements de population énormes :(400 000 turcs de Macédoine et 1 000 000 de Grecs de l’Ionie !). Et ce, sans réaction notable des démocraties.

– La faiblesse de la S D N dans sa politique de désarmement et dans la résolution d’un conflit entre 2 de ses membres. La guerre d’Ethiopie à partir de 1936 ! Le Japon et la Manchourie en 1931.

La meilleure illustration de tout ceci est l’affaire de la Ruhr :une occupation au final catastrophique pour les intérêts français : la France est totalement isolée , elle montre son impuissance avec, par-dessus le marché des brimades inutiles.

Même remarque pour le traité de Locarno 1925 : l’Allemagne reconnaît finalement le traité de Versailles , contre une réduction du montant des indemnités ,  mais pas le tracé des frontières germano-polonaises La 2em guerre mondiale partira de cette région.

 

CONCLUSION

Clemenceau en 1928 dans ses mémoires : (J’ai obtenu………….mais il fallait tenir bon ! C’est-à-dire :  ne pas signer des traités complémentaires…).

Mais le pouvait-il ? La solidité d’un accord repose toujours sur capacité du vainqueur à supporter les conséquences du traité qu’il impose au vaincu.

Les trois alliés ne pouvaient pas rester unis, on vient de le voir.

La France seule avec la BELGIQUE NE POUVAIT OBLIGER L’ALLEMAGNE À RESPECTER LE TRAITE, ON VIENT ÉGALEMENT DE LE CONSTATER !

Cependant Clemenceau avait en partie raison.

En régime démocratique le traité a été ce qu’il devait être pour que les peuples européens le ratifient en particulier la France. Ce faisant il était soit trop sévère, soit pas assez léonin. Dans les deux cas son application était presque impossible, ce qui s’est vérifié. L’Allemagne restant unifiée pourra se redresser sur le plan économique donc militaire ! Et dans les conférences successives les vainqueurs désunis iront de concession en concession car l’Allemagne est une démocratie qu’il faut ménager. La crise de 1929 achèvera le désastre ; dans le cadre de la république née de la défaite, le peuple allemand se donnera au caporal A. Hitler dans un vote démocratique !

On n’impose pas des idéaux surtout démocratiques par la force. Robespierre le disait déjà en 1792 quand député de la révolution française il s’opposait tout seul à la guerre contre l’Autriche et la Prusse. Aux révolutionnaires qui voulaient exporter la démocratie par la guerre, il prévenait : « Les peuples n’aiment pas les missionnaires en armes »

C’est toujours valable en 2011.